9 décembre 2016

Il y a 100 ans : Le carnet d’un boto de pousse-pousse

Tamatave ne se contente pas d’être un repaire d’embusqués, c’est en même temps le paradis des cinémas. Les mystères, qu’ils soient de Paris ou de New York, attirent la foule, et le public profite largement de la concurrence implacable que se font depuis quelque temps nos montreurs de lanternes magiques. À cette allure, il faut craindre que les dévideurs de films attrapent des crampes et ne puissent tenir jusqu’au bout ; j’ai pensé qu’il était indispensable de leur venir en aide.
Le maniement du cinéma est plus compliqué que ne le pense le vulgaire public ; il consiste à braquer des rayons lumineux sur un point déterminé tout en tournant une manivelle. Or, au front dans les tranchées, nous possédons un appareil à peu près identique, c’est la mitrailleuse, là aussi il y a une manivelle à tourner et quelque chose à braquer, il est même assez dangereux de faire, en la circonstance, office d’écran. Eh bien, nous pouvons obtenir un entraînement intensif des embusqués en leur faisant tourner à tour de rôle la manivelle de nos cinémas ; nuit et jour, cela fonctionnerait et, avant la fin de la guerre, nous posséderions une pléiade de mitrailleurs, dont nous pourrions être fiers. Les plus méritants seraient du reste récompensés par la croix des embusqués créée par mon cher confrère G. Coute.
Voilà mon idée, je la crois bonne, à nos impresarios d’en profiter.
Sarah B.

L’industrie du palétuvier

Poursuivie méthodiquement depuis quelque temps dans la Grande Île, l’exportation des écorces de palétuvier que, jusqu’à la guerre, les Boches avaient monopolisée à Madagascar, comme tant d’autres produits, à croire que la colonie leur appartenait, est en fort bonne voie, on enregistre même de très fortes commandes pour les pays alliés.
Dès que la grave question du fret sera enfin résolue, les côtes nord-ouest de Madagascar et notamment le Mangrove vont connaître l’activité intensive et la richesse, des zones considérées jusqu’ici comme improductives vont être transformées et « l’arbre de la fièvre » va devenir l’arbre d’or, comme le pin qui a fait, malgré eux, la richesse des paysans landais, lesquels voulaient cependant s’opposer à son acclimatement et à sa plantation.

La Dépêche malgache

Deux volumes de compilation de la presse à propos de Madagascar il y a 100 ans sont maintenant disponibles. La matière y est copieuse et variée, vous en lisez régulièrement des extraits ici. Chaque tome (l'équivalent d'un livre papier de 800 pages et plus) est en vente, au prix de 6,99 euros, dans les librairies proposant un rayon de livres numériques. D'autres ouvrages numériques, concernant Madagascar ou non, sont publiés par la Bibliothèque malgache - 57 titres parus à ce jour.

8 décembre 2016

Il y a 100 ans : C’en est trop !

Il a été annoncé par nous hier la nouvelle d’un accident mortel survenu sur une exploitation de graphite.
L’information vaut, à plus d’un titre, d’être mise au point.
Il est mort, sur un toby sis à quelques mètres à peine du chef-lieu d’Andévorante, deux indigènes écrasés par un éboulement de stérile. Deux autres auraient été retirés de la masse de terres les recouvrant en un piteux état. D’aucuns disent qu’ils iront rejoindre dans la tombe leurs deux malheureux camarades qui ne les y auraient devancés que de quelques jours.
Il en est un, du reste, qui les précède tous les quatre, mort écrasé lui aussi sous deux mètres cubes de stérile, il peut y avoir de cela quatre mois environ.
La question se pose pour tous de savoir :
1° Si l’Administration intéressée a été régulièrement prévenue, en son temps, de ce premier accident, et si, après une enquête qui s’imposait alors, elle a pris toutes les mesures nécessaires à en prévenir ou éviter le retour.
2° Et d’une façon générale, si, sur des chantiers où de pareils événements se reproduisent ainsi, à trois ou quatre mois d’intervalle, les règlements édictés par la loi minière en ce qui touche le creusement des tranchées sont observés ou non.
Un fait certain est que, dans le cas actuel, les victimes sont tous de jeunes gens, des enfants presque, exécutant la prestation obligatoire ordonnée par le Chef de la Colonie.
De tels événements sont faits, on peut le croire, pour impressionner beaucoup plus fortement qu’on ne le croit, la population indigène de la région.
On parle trop, depuis quelque temps, de deux ou trois exploitations de notre connaissance.
Nous y reviendrons l’heure venue. En résumé, pour être des indigènes, les malheureuses victimes de ces sortes d’accidents sont des hommes, et la vie humaine est au moins aussi précieuse que celle du premier quart de sang venu, ce dernier portât-il de son vivant le nom connu du Commandeur des croyants. Quand une magnéto claque, on en est quitte pour s’en offrir une autre. Tandis que le pauvre gasy, comme nous du reste, quand il est mort, c’est pour longtemps.
Nous savons bien qu’il n’est pas de réparation civile en matière indigène ; mais il ne faudrait tout de même pas abuser de cette disposition légale.
Et l’Administration est là pour y tenir la main.
E. V.

La Dépêche malgache

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7 décembre 2016

Il y a 100 ans : Madagascar ne manquera pas de farine

Un de nos amis de la Grande Île nous apprend qu’à un certain moment, les colons n’ont pas été sans inquiétudes au sujet du ravitaillement en farine. Mais, par suite des dispositions prises en haut lieu, ces craintes n’ont heureusement pas été justifiées.
De plus et sous certaines conditions, Maurice a levé au mois de juin l’interdiction de sortie dont nos colons s’étaient plaints à juste titre.
Notre ami profite de l’occasion pour nous demander de faire de la propagande pour l’intensification de la culture du froment dans les colonies afin qu’elles puissent dorénavant compter sur elles-mêmes ; il nous signale que des résultats excellents avaient été obtenus dans la province d’Antsirabe, et il se demande pourquoi la culture du froment, et même des autres céréales, n’a pas été poursuivie.

Pour le tourisme dans la Grande Île

Dans le but de faciliter les voyages sur la route du Sud et sur celle de l’Ouest, des gîtes d’étape viennent d’être installés, pour le Service des voyageurs, à Ambohimahasoa (province de Fianarantsoa) et à Mahatsinjo (province de Maevatanana).
Il est perçu un droit de 1 franc pour le lit et la nuit par voyageur.
Le Courrier colonial

Contravention

P.-V. pour contravention à l’art. 65 de l’Arrêté du 25 mars 1915 – dépôt de matières fécales sur la voie publique – a été dressé au sieur M…, charpentier, demeurant à Tamatave, et transmis à M. le Procureur de la République.
Le Tamatave

Conseil de révision

Les ajournés, exemptés et omis des classes 1915 à 1917 passeront une visite médicale lundi 28 courant.
Pas de pitié s. v. p. pour les fils à papa.

Nouvelle recrue

Nous sommes heureux d’annoncer à nos lecteurs qui nous avons réussi à nous attacher, à prix d’or, le cousin de G. Coute, M. G. Cris qui n’avait l’habitude d’écrire que dans les grands quotidiens et pour les grands mariages.

Procès-verbaux

La police a dressé procès-verbal au sieur G…, blanchisseur, pour malpropreté de ses cabinets d’aisance.
Procès-verbal a été également dressé au sieur D…, coiffeur, rue de l’Artillerie, pour tapage nocturne.

La Dépêche malgache

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6 décembre 2016

Il y a 100 ans : Les travaux agricoles à Madagascar

Il paraît que le coup d’œil était magnifique le mois dernier autour de Tananarive, au point de vue agricole s’entend.
Le riz de grande récolte était rentré, les indigènes avaient commencé les gros labours d’aération, ce qui, pour un artiste, multipliait à l’infini les coloris de l’immense plaine, surtout à l’heure du soleil couchant.
Et comme la culture intensive est devenue une grosse question dans la Grande Île, on parlait d’arrêter, avant l’époque des semailles, un plan d’action définitif pour l’amélioration et surtout pour l’unification des variétés, afin que pour la campagne de 1917, les usines soient en mesure de ne présenter sur les grands marchés que de beaux produits, genre vary lava, si appréciés et si demandés.
Le gasy ne demande qu’à se laisser forcer la main pour bien faire et la chose ne sera pas si difficile que l’on croit pour l’arracher aux errements de sa routine, surtout quand on lui aura fait comprendre son intérêt.

Une idée biscornue

De la Tribune de Madagascar :
Deux vieux Malgaches discutaient avant l’heure sur ce que serait le monument élevé à la mémoire de notre ancien et très regretté gouverneur général Gallieni.
— On le représentera à cheval, dans la grande tenue de général de division.
— Ah ! non, dit l’autre, ah ! non, ce ne serait Gallieni ni pour nous ni pour les indigènes. Il nous le faut comme nous l’avons connu, en costume colonial, avec le casque, sans plus d’apprêts.
Le Courrier colonial

Horrible ! mais authentique

Ce que nous allons raconter s’est passé samedi soir, à la gare de Tamatave, au moment du départ de M. le Gouverneur Général.
Le chef de gare avait beau donner le signal du départ, le train ne partait toujours pas.
Qu’était-il arrivé ?
Il ne peut pas démarrer, fit observer une des personnes présentes.
Pas étonnant ! répondit un loustic. Le président de la commission des cuirs n’est pas là.
Qu’on l’amène, et vous verrez aussitôt Desmarets !!
Horrible !! n’est-ce pas.

Le Tamatave

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5 décembre 2016

Un aérostat traverse Madagascar

Aujourd'hui paraît une nouvelle édition numérique, revue et corrigée de Voyages et aventures d'un aérostat à travers Madagascar insurgée. L'ouvrage est signé Léo Dex et M. Dibos.

Édouard Deburaux (1864-1904) a signé Léo Dex de nombreux ouvrages écrits en collaboration avec Maurice Dibos (1855-1931) et consacrés aux voyages en ballon. Ce roman prend prétexte de troubles à Madagascar pour une traversée aérienne de la Grande Île. Les faits, imaginaires, ne sont pas précisément datés. Mais on peut les situer, par recoupement, vers 1893 ou 1894. Il s’agit d’un grand roman d’aventures, dans l’esprit où Jules Verne a pu écrire Cinq semaines en ballon. Madagascar n’est ici qu’un décor. Décrit cependant avec précision grâce à la présence, parmi les aéronautes, d’un explorateur qui a beaucoup voyagé dans l’île. Nommé Gradnier dans le roman, il a de toute évidence été inspiré par Alfred Grandidier et, comme lui, connaît tout ou presque de Madagascar à cette époque.

Ouvrage disponible dans toutes les bonnes librairies au prix de 2,99 €.
En même temps est sorti le premier ouvrage d'Alain Jeanpierre, Pochades (1,99 €).

4 décembre 2016

Il y a 100 ans : Carnet d’un boto de pousse-pousse

Nous allons posséder une philarmonique, des pourparlers sont engagés pour sa fondation et une réunion générale des amateurs ou non de belle musique aura lieu dans quelques jours. C’est un succès assuré, car il n’est pas un Tamatavien qui puisse s’opposer, ne fût-ce que par inertie, à la création d’une société musicale dont nous avons déjà pu apprécier et le futur chef et les futurs exécutants. C’est une bonne fortune de posséder ces éléments et ce serait une grosse faute de les négliger. Des esprits grincheux, il n’en manque pas, diront peut-être que ce n’est pas le moment de songer à faire de la musique quand nos héroïques soldats font bravement leur devoir à Verdun ou sur la Somme en réduisant les Boches à l’état de chair à saucisses. Personne ne se laissera influencer par ces grincheux qui seront bien obligés, pour faire comme tout le monde, de verser leur thune au guichet du Théâtre les jours de représentation et de participer ainsi, malgré eux, aux œuvres de guerre. À l’heure actuelle, à part évidemment les embusqués, chacun fait ce qu’il peut ; c’est pour cela que notre future philarmonique, instituée dans un but patriotique, réunira tous les suffrages. S’il y a des mécontents, tant pis pour eux, cela leur allégera peut-être le porte-monnaie, mais cela leur adoucira les mœurs ; ce sera une compensation.
Sarah B.
La Dépêche malgache

Un hommage à Gallieni

Un de nos lecteurs de Sainte-Marie de Madagascar nous écrit :
Toute la colonie a été péniblement affectée en apprenant le décès du général Gallieni qui a été le grand bienfaiteur du pays. La mort de cet homme de bien, universellement apprécié par ses hautes qualités d’esprit et de cœur qui le faisaient aimer et respecter, est une bien grande et bien douloureuse perte.
Nous, colons de Sainte-Marie, nous ressentons vivement ce malheur irréparable, car c’est à lui que notre petit pays d’adoption est redevable de l’essor économique de notre agriculture, le développement de la prospérité de toute la colonie en nous accordant la main-d’œuvre pénale.
Après une existence si bien remplie, laissant une trace ineffaçable de son passage, ses enfants ont le droit d’être fiers d’un père qui a donné de si beaux exemples militaires et de colonisation.

Le Courrier colonial

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3 décembre 2016

Une enquête à Ilakaka

Ce n’est pas, et de loin, le prix littéraire le plus retentissant de l’automne parisien, mais il nous touche de près : le Prix du Masque de l’année va à un roman policier paru en octobre, La vallée du saphir, par Jean Ely Chab. L’auteur, nous apprend l’éditeur, est professeur, vit à la Réunion et est venu plus de quarante fois à Madagascar, où il situe son roman.
Après une brève séance de divination, le lieu est précisé, dans une graphie vaguement phonétique : « Ilakak’, la ville du saphir ! » On pourrait, bien sûr, discuter du bien-fondé de ce choix, malgré l’explication fournie en note : « Pour des raisons pratiques liées à la prononciation, l’écriture de son nom a été simplifiée. » Car on n’est pas tout à fait convaincu par une élision de voyelle finale qui ne prend pas en compte l’accentuation. Passons, et admettons qu’il s’agit d’un détail, même s’il irrite un peu à la lecture.
Nous voici donc dans ce qu’on a beaucoup appelé le far-west, à l’époque où le petit village, suite à l’affluence de chercheurs de saphirs, était passé de quelques cases le long de la Nationale 7 à un gros bourg au développement anarchique. Monza, l’inspecteur de police venu de Tana et affecté à Ranohira, alors qu’il est un citadin dans l’âme, sait comme tout le monde ce qu’est devenu cet endroit.
Il va avoir l’occasion de le vérifier lui-même, pour une enquête qui l’entraîne dans un village où un ombiasy a été tué. Par les dahalo, a conclu la gendarmerie dans un rapport que Monza a été prié de confirmer, son supérieur hiérarchique a été très clair. Mais Monza n’apprécie pas trop son supérieur et voit dans cette affaire l’occasion de mener enfin des investigations sur le terrain.
Il va y mettre du sien, se retrouver au creux de la terre où les prospecteurs envoient des pauvres types creuser au péril de leur vie, croiser une jeune femme trop belle pour être vraiment honnête, provoquer malgré lui la mort d’une prostituée, placer dans son sillage une vendeuse de café et de beignets…
L’enquête est musclée mais moins complexe qu’on aurait pu l’espérer. Les paysages et les atmosphères, en revanche, sont parfaitement restitués. Et, puisque Monza aime la photographie, il apprécie à leur juste valeur les clichés qui ornent les murs du salon, dans le casino d’Ilakaka : « L’inspecteur s’attarda un instant sur quelques encadrés : des portraits et des paysages d’une qualité artistique évidente. Pas étonnant, puisque les clichés étaient signés de Pierrot Men ! Monza appréciait depuis toujours les reportages humanistes de ce grand photographe. Chacune de ses photos était une histoire à elle seule : l’histoire de gens simples ; des moments de vies interceptés par l’œil d’un poète. Le visage du policier esquissa un léger sourire. Il avait lui-même englouti ses premières payes dans l’achat d’un vieux Minolta argentique, et passait de longs dimanches à traîner en ville en quête d’images. Mais ses photos, même s’il en était très fier, n’avaient rien de comparable avec celles du maître de Fianarantsoa. »

1 décembre 2016

Il y a 100 ans : De l’eau

Nous avons publié, dans notre supplément de jeudi dernier, une lettre ouverte à M. le docteur Salvat, au sujet de l’eau potable à Tamatave. Cette lettre, signée « un lecteur », émane d’un vieux colon.
Nul n’ignore que nous ne possédons à Tamatave aucune adduction d’eau et que chacun s’approvisionne au fur et à mesure de ses besoins au moyen de puits artésiens enfoncés dans le sol. Dans certains endroits de la ville, la nappe souterraine se rencontre parfois à partir de deux mètres cinquante, dans d’autres, il faut aller jusqu’à 4 mètres et plus.
Cette nappe d’eau souterraine qui sert à l’alimentation de la ville est-elle potable et peut-on s’en servir sans danger aucun ? À l’époque des grandes pluies, les eaux qui s’infiltrent à travers le sable ne polluent-elles pas cette eau que nous buvons ?
Pourquoi, en été principalement, cette eau, mise dans une cuvette par exemple, laisse apercevoir, après quelques heures, à sa surface et sur les parois du récipient, un liquide huileux et cette eau, après 24 heures, dégage une odeur nauséabonde.
L’été dernier, l’état sanitaire a laissé beaucoup à désirer et la rumeur publique a attribué à la mauvaise qualité de l’eau les nombreuses mortalités que nous avons eu à enregistrer. M. le Gouverneur Général, justement ému, vient de confier à l’éminent savant qu’est M. le docteur Salvat la mission d’analyser ces eaux que nous consommons journellement.
Avant de nous prononcer, attendons les résultats de ces analyses.
Nombre de nos lecteurs nous diront qu’en 1903-1904 – époque où on se souciait un peu plus du bien-être des Tamataviens – des échantillons d’eau provenant de notre nappe souterraine ont été envoyés à Paris en fin d’analyse et que le rapport concluait que cette eau filtrée naturellement à travers le sable était plus lourde que celle provenant d’une source, mais aussi pure.
Mais, depuis, on a asséché ou plutôt recouvert d’une couche de sable les marais qui se trouvaient aux alentours de la ville, on nous a doté de quelques égouts modèles et si étanches que toutes les eaux et immondices qu’ils reçoivent s’infiltrent dans le sous-sol.
Si notre eau est aujourd’hui polluée, ne cherchons pas plus loin, c’est au génie malfaisant du progrès que nous le devons.
Aqua.

La Dépêche malgache

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30 novembre 2016

Il y a 100 ans : Un jeune Malgache mort pour la France

Du Temps :
Un jeune caporal de pure race malgache, Joseph Ranaivo, était tué le 20 juillet, sur le front de la Somme, à l’âge de vingt et un ans. Il était le fils aîné d’une notabilité de Tananarive, M. Charles Ranaivo, reçu docteur en médecine à Paris, et qui s’était naturalisé français. Le général Gallieni s’intéressait tout particulièrement à lui.
Joseph Ranaivo fut appelé comme fils de Français avec sa classe. Il avait conquis la Croix de guerre et les galons de caporal il y a quelques semaines.
Il écrivait, le 30 juin, au fiancé de sa sœur, le docteur Guy Parson, un de ses compatriotes, médecin auxiliaire dans un régiment d’artillerie :
« Mon cher vieux, je n’ai pas peur de mourir, surtout pour la patrie, mais enfin on ne sait jamais ce que nous réserve l’avenir ; ainsi, j’entre dès ce soir dans une phase où ma vie est plus que jamais en danger. En tout cas, si jamais il arrive que la mort me fauche, tu le sauras aussitôt. Je mets ma chère petite famille entre tes mains…
» C’est pénible d’écrire une pareille lettre, mais il le faut…
» Maintenant « haut les cœurs » et en avant avec cette devise : « Fais ce que dois, advienne que pourra. » Travaillons pour les intérêts et l’avenir de ceux que nous aimons ; vengeons nos morts ; culbutons les Barbares envahisseurs et que leur humeur belliqueuse soit éteinte pour jamais.
» Je suis très heureux d’avoir cet honneur de combattre pour la délivrance de la France ; c’est un événement unique au monde.
» Tout marche à merveille maintenant, santé, moral, enthousiasme et patience. J’espère que l’effort qu’on déploiera concordera avec tout cela et qu’enfin le dénouement fatal arrivera sous peu. »
Ce beau sacrifice si noblement offert d’un jeune soldat appartenant à l’élite sociale et intellectuelle du peuple malgache témoigne de l’attachement de Madagascar à la France et de la possibilité de nous assimiler peu à peu la population madécasse.
Le Gaulois

Exportation minière

Durant le mois de juillet, il a été exporté par le port de Tamatave :
Poudre d’or, 85 k. 246 gr.
Pierres précieuses, 42 k. 813.
Béryl (déchets), 1 330 k.
Graphite, 201 tonnes.
Corindons, 38 tonnes.

La Dépêche malgache

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29 novembre 2016

Il y a 100 ans : Carnet d’un boto de pousse-pousse

Quand ces lignes paraîtront, le Gouverneur Général aura quitté Tamatave pour la Capitale ; c’est le signal du départ pour les nombreux Tananariviens qui, chaque année, viennent passer quelques jours parmi nous ; dans une semaine au plus, la saison tamatavienne sera terminée et notre bonne ville reprendra son aspect calme et triste.
J’ai voulu connaître, avant leur départ, l’impression de ce qui les a frappés le plus à Tamatave ; c’est le climat idéal dont nous jouissons actuellement, ou l’aspect de la mer, l’activité du port, la présence de nombreux navires sur rade, la gare monumentale, la promenade classique de l’Ivoloina ou encore les gueuletons, les vins d’honneur, les thés, les cinémas ou les concerts ; pas du tout, c’est l’exquise propreté de la ville, l’élégance de nos trottoirs et tout particulièrement le manque de lumière qui fait ressembler nos rues à des coupe-gorges et donne à la ville cet aspect caractéristique d’un village dont les finances seraient mal gérées. Ce n’est pourtant pas la faute des allumeurs de réverbères qui frottent éperdûment les vitres au risque de les dépolir, les pauvres ne peuvent rien avec rien.
Les coupables, nous les connaissons, ils sont disparus heureusement et l’un dans une retraite dorée et l’autre dans une douce sinécure doivent rire dans leurs vieilles barbes du bon tour qu’ils nous ont joué.
Sarah B.

À la douane

Un arrêté du premier juillet réglemente à Madagascar la tenue du personnel européen des douanes.
D’après cet arrêté, les agents de ce service doivent justifier dans un délai de trois mois, à partir du premier juillet, de la détention effective des effets et accessoires représentant l’uniforme réglementaire. À cet effet, ils devaient recevoir dès la promulgation de cet arrêté une indemnité de 250 francs payable en une seule fois.
Cette indemnité a été versée aux intéressés à Tananarive le 15 juillet, tandis qu’à Tamatave les agents de ce même service n’ont encore rien reçu.
Aurait-on décidé de supprimer le port de la tenue à Tamatave ?

La Dépêche malgache

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28 novembre 2016

Il y a 100 ans : Tribune libre

On nous écrit :
La consternation règne dans certaines familles de Tamatave depuis que la Curé a annoncé que la première communion solennelle des enfants n’aurait pas lieu cette année.
Outre que ces familles se trouvent désappointées de voir leurs enfants ne pas accomplir cette noble action qui porte le bonheur et la joie au sein de leurs membres chaque année, elles se trouvent encore contristées de voir les sacrifices qu’elles se sont imposés à grand peine rendus inutiles par la brusque décision de M. le Curé.
Par le temps où nous visons, le manque de marchandises et leurs prix exorbitants ont augmenté sensiblement les dépenses nécessaires à cette fête de famille, et si nous nous arrêtons à la somme de quatre-vingts francs nous serions par trop modestes, car il a été presque impossible de s’en tirer cette année avec cette somme ; nous connaissons une famille, pour ne citer que cet exemple, qui, tout simplement qu’elle a procédé, a dépensé plus de cent francs.
Combien de ces familles, dont les chefs sont en face de l’ennemi, n’ont pour subsister que la modique, et encore bien heureuse indemnité de soutien de famille accordée par le Gouvernement, et se comprend-il qu’elles se trouvent consternées !
Réserver ce nécessaire pour l’année prochaine est une question impossible à envisager, car des enfants de 10 et 11 ans profitent trop vite pour que des vêtements faits cette année puissent servir pour l’année prochaine.
Aussi nous faisons-nous l’écho de ces pauvres familles éplorées et pensons-nous que M. le Curé, qui se trouve être le père de toutes les familles chrétiennes, voudra bien prendre en considération les sacrifices que se sont imposés celles de ces familles qui ont pu se procurer le nécessaire pour leurs enfants, et annoncer, très prochainement, que son intention n’avait été que de prévenir que cette fête était retardée de quelque temps, et que les familles dont les enfants sont prêts les verront, à la rentrée des classes des écoles chrétiennes, accomplir ce bel et noble acte.
Un groupe de pères de famille.

La Dépêche malgache

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27 novembre 2016

Il y a 100 ans : Le Gouverneur général à Majunga (3)

(Suite et fin.)
La réponse du Gouverneur fut, disent les Petites Affiches, un nouveau témoignage de sa bienveillance pour notre province. Cette partie du programme fut un succès de bon aloi, tous les assistants unis dans une même pensée patriotique applaudirent chaleureusement à l’improvisation de M. le Gouverneur.
Un dîner à la Résidence, où quelques dames avaient été aimablement invitées, clôturait cette journée bien remplie.
La salle, brillamment éclairée, offrait le plus joli coup d’œil ; de la verdure et des fleurs partout ; une moisson de roses disposées avec art donnait à la salle des fêtes un cachet d’élégance qui révélait un goût sûr et discret.
Le lendemain, le Gouverneur visita l’usine de conserves. Laissons parler les Petites Affiches :
« Les ateliers étaient pleins d’animation, les ouvriers à leur poste, et M. le Gouverneur et sa suite ont assisté à la manipulation des viandes et à leur mise en boîte. Dans une salle réservée à la dégustation, M. le Gouverneur a tenu à goûter les divers produits de l’usine, depuis la modeste boîte de conserve jusqu’aux pâtés délicieux qui doivent être bientôt mis dans le commerce.
« À 5 heures, la visite de M. le Gouverneur prenait fin, et M. Garbit, en compagnie de M. Grandjean, chef du secrétariat particulier, prenait place sur une canonnière de la Compagnie Occidentale, qui devait le conduire à Maevatanana, tandis que les Majungais regagnaient la ville sur le Victor-Guilgot au milieu des hourras poussés des deux côtés.
« Cette visite à Boanamary a permis à tous les assistants de juger de l’importance qu’a pris l’usine et des développements qui y ont été apportés. C’est une grande industrie qui vient à son heure, et qui contribuera au développement de la Grande Île, et particulièrement de la côte ouest.
« La venue de M. le Gouverneur général à Majunga avec son seul secrétaire particulier, l’aimable M. Grandjean, a donné à sa visite un sens amical qui n’a échappé à personne. Il est venu comme un ami et il a été reçu comme tel. La population gardera bon souvenir de son passage et nul doute que M. Garbit lui-même n’emporte, des quelques heures passées parmi nous, la meilleure impression. »

Les Annales coloniales

Deux volumes de compilation de la presse à propos de Madagascar il y a 100 ans sont maintenant disponibles. La matière y est copieuse et variée, vous en lisez régulièrement des extraits ici. Chaque tome (l'équivalent d'un livre papier de 800 pages et plus) est en vente, au prix de 6,99 euros, dans les librairies proposant un rayon de livres numériques. D'autres ouvrages numériques, concernant Madagascar ou non, sont publiés par la Bibliothèque malgache - 55 titres parus à ce jour.

24 novembre 2016

Il y a 100 ans : Le Gouverneur général à Majunga (2)

(Suite.)
« Tout cela constitue, j’en conviens, un programme imposant dont personne ne peut songer à croire possible la réalisation immédiate. Il reste beaucoup à faire chez nous pour la mise en valeur de notre région. Je disais déjà, à votre précédent voyage, que nous passions pour des colons turbulents et un peu indisciplinés. Il y a à cela plusieurs raisons. Nous avons l’impression que nous avons toujours été un peu négligés, depuis l’occupation, à cause de notre éloignement de la capitale. Il faut reconnaître, en outre, que l’esprit d’initiative, qui caractérise nos compatriotes, leur crée certaines petites habitudes d’indépendance, d’ailleurs plus apparentes que réelles. Cet esprit d’initiative se serait régulièrement développé, s’il avait pu évoluer plus à l’aise. Mais nul ne peut méconnaître que nous avons hautement souci des intérêts de notre région, et de la Colonie.
« Il serait injuste de ne pas rappeler ici la générosité inlassable des Majungais pour les œuvres de guerre. Le total des souscriptions de la province atteint plus de 300 000 francs. Nous devons ce résultat en grande partie à notre Comité des Dames de la Croix-Rouge, dont l’activité et le dévouement font ici l’admiration de tous.
« Je ne voudrais pas laisser passer cette occasion sans dire combien nous sommes fiers de nos valeureux soldats, de l’armée de Verdun, combien nous suivons avec une angoissante attention les péripéties de la formidable bataille de tous les temps. On sent déjà que la victoire va récompenser un tel effort, et que cette victoire aura une influence décisive sur toute la guerre.
« La ville de Majunga adresse un souvenir ému à la mémoire du général Galliéni. Ce qu’il a fait dans la Colonie, son rôle important dans la guerre actuelle, sont trop présent à la mémoire de tous pour qu’il soit besoin de les rappeler. Nous déplorons de le voir disparaître au moment où le triomphe des armées alliées, auquel il avait tant contribué, allait lui apporter le brillant couronnement d’une carrière si bien remplie.
« Messieurs, je vous propose de boire à la santé de M. le Gouverneur général Garbit, à la prospérité de notre grande Colonie de Madagascar, au prochain triomphe de nos vaillants soldats et des armées alliées de la France. »
 (À suivre.)

Les Annales coloniales

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23 novembre 2016

Il y a 100 ans : Le Gouverneur général à Majunga (1)

Le dernier courrier nous apporte le récit d’un voyage qu’a fait à Majunga le Gouverneur général Garbit.
Il arriva accompagné seulement de M. Grandjean, chef du Secrétariat général, et fut reçu à l’appontement, décoré et pavoisé pour la circonstance, par les autorités civiles et militaires et nombre de colons et fonctionnaires qui avaient tenu à présenter leurs hommages de bienvenue au chef de la colonie. M. Marcoz, Administrateur-Maire, était allé au-devant de lui jusqu’à Marovoay. Après les présentations, le cortège se dirigea vers la Résidence où les autorités et les corps constitués furent reçus par le Gouverneur.
Le lendemain, le Gouverneur général reçut les corps constitués qui venaient au nom de la ville de Majunga exprimer les besoins et desiderata de la ville et de la province.
Le président de la Chambre consultative, M. Orsini, lui rappela son précédent voyage :
« En ce qui nous concerne, vous avez solutionné dans un sens favorable quelques-uns des vœux exprimés à votre dernier voyage à Majunga, notamment la question des sacs vides et le rattachement douanier des Comores. À la réunion de ce matin, que vous avez bien voulu présider, nous vous avons rappelé quelques-uns de nos anciens desiderata. Les difficultés actuelles peuvent en différer l’exécution, mais le constant souci apporté par vous à tous les besoins de la Colonie que vous dirigez avec tant d’autorité vous les fera retenir pour leur réalisation en des temps meilleurs.
« Au nombre de nos demandes les plus urgentes, nous vous avons indiqué :
« Aménagement du port.
« Prolongement du wharf actuel.
«  Dragage de certaines petites rivières.
« Amélioration du cours de la Betsiboka.
« Prolongement du boulevard maritime.
« Agrandissement des quais et du wharf de Marovoay.
« Travaux de captage et de canalisation des eaux pour augmenter la superficie des rizières de Marovoay, etc., etc.
« Il reste à l’étude un certain nombre de questions importantes, tant municipales que provinciales. Nous en poursuivons la mise au point avec M. l’administrateur Marcoz, qui a su rallier ici tous les suffrages, tant par son dévouement aux intérêts de la province que par son attitude personnelle envers chacun de nous, laquelle lui a gagné toutes les sympathies.
(À suivre.)

Les Annales coloniales

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22 novembre 2016

Il y a 100 ans : La Grande Île pendant la guerre (2)

(Suite et fin.)
Ce ne sont là que les plus frappantes des mesures prises depuis le début de la guerre. Dans d’autres domaines, mille décisions de détail ont poursuivi le lent travail de perfectionnement qui améliore peu à peu la condition des populations. Le gouverneur général actuel, M. Garbit, a notamment entrepris une refonte générale de l’enseignement, qu’il considère à juste titre comme la base même de notre politique indigène. Son arrêté du 14 février 1916 oriente nettement les programmes scolaires dans un sens pratique et professionnel ; à cet effet, l’apprentissage manuel prend désormais une place plus considérable dans les écoles régionales ; l’enseignement du français y devient également prépondérant, afin de faciliter les relations entre Européens et indigènes. À signaler également la création à l’école Le-Myre-de-Vilers, d’une section spéciale destinée à préparer les élèves géomètres du service topographique. Cette création, faite par arrêté du 25 avril 1915, a pour objet de fournir aux géomètres européens des auxiliaires indigènes nombreux et bien préparés.
D’autres séries de mesures ont enfin amélioré l’assistance aux indigènes. La lutte contre la mortalité infantile, considérable dans les pays froids tels que l’Imérina, a été notamment secondée par des distributions de vêtements faites au moyen de crédits ouverts aux chefs de province. Un arrêté du 25 juin 1915 a prescrit l’assèchement des rizières dans les régions où sévit encore le paludisme. D’autres arrêtés ont entrepris une croisade contre les fumeurs de chanvre, encore trop nombreux.
Quelques chiffres pour conclure. Malgré la crise inséparable d’une période de guerre, le bilan financier de la colonie présentait à la date du 31 décembre 1915 un excédent de recettes de 5 800 000 francs (recettes : 32 400 000 francs, dépenses : 26 millions 600 000 francs). Quant au commerce, il s’élevait pour 1915 au chiffre global de 109 833 000 francs (importations : 43 800 000 francs ; exportations : 66 millions), en excédent de 19 millions sur 1914 et de 11 millions sur 1913. Ces résultats sont éloquents si l’on songe aux effets de la mobilisation, de la rareté du fret et du resserrement du crédit.

Le Temps

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21 novembre 2016

Il y a 100 ans : La Grande Île pendant la guerre (1)

Notre correspondant de Tananarive nous écrit :
La guerre n’a pas troublé le développement de Madagascar. Le calme qui n’a cessé de régner d’une extrémité à l’autre de l’île depuis le début de la lutte justifie à lui seul le régime instauré par la France. Ici, d’ailleurs, comme dans les autres parties de notre domaine colonial, l’administration s’est appliquée à ne pas interrompre la politique de réformes commencée dans le temps de paix.
Les mesures les plus intéressantes prises depuis la guerre sont peut-être celles qui concernent la situation politique et économique des indigènes.
D’abord dans les municipalités. Comme en Indochine, comme dans l’Afrique du nord, mais avec les tempéraments que comporte une civilisation indigène moins avancée, l’administration de la colonie s’efforce d’associer plus étroitement les indigènes à la gestion des intérêts locaux. De là les arrêtés des 23 décembre 1914 et 9 janvier 1915 qui ont porté de 1 à 3 le nombre des membres indigènes des commissions municipales à Tananarive, Tamatave, Majunga, et de 1 à 2 à Nossi-Bé. Le même régime sera appliqué aux villes de Diégo-Suarez et de Fianarantsoa dès que les élections, suspendues pendant la guerre, pourront avoir lieu.
Seconde réforme : adoucissement du régime de l’indigénat. L’arrêté du 19 juillet 1914 avait déjà dispensé de peines spéciales certaines catégories d’indigènes. Un autre arrêté du 15 février 1915 dispense des mêmes peines les titulaires du brevet de douze honneurs et au-dessus. Il s’agit là d’une distinction très appréciée des Malgaches et dont il était utile de relever le prestige.
Troisième réforme. Un arrêté du 28 mai 1915 a constitué des zones territoriales réservées aux besoins des indigènes et ne pouvant être concédées aux Européens. On saisit sans peine l’importance de cette mesure. Dans les régions où se développe la colonisation européenne, il était devenu nécessaire de constituer dans les terres domaniales des réserves pour assurer la subsistance des autochtones. On prévenait ainsi tout conflit futur entre les colons et la population indigène. On rendait du même coup un service indéniable aux colons, en facilitant l’immatriculation des terres désormais mises à leur disposition.
(À suivre.)

Le Temps

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20 novembre 2016

Il y a 100 ans : Les cuirs, cette fois nous y voyons clair ! (2)

(Suite et fin.)
Toutes les opérations doivent être effectuées avec la célérité nécessaire pour qu’il n’en résulte aucun retard dans les mouvements. Il appartient aux Chefs de Province et aux intéressés eux-mêmes de faire, le cas échéant, toutes les diligences nécessaires.
Quarto. – Les cuirs pour lesquels main-levée de la réquisition aura été donnée soit par la mission d’inspection, soit par l’Intendance, soit par les Chefs de Province en vertu de leur délégation comme non susceptibles, après examen et en raison de leur qualité, d’être utilisés pour la défense nationale suivront les règles présentement en vigueur en ce qui concerne l’exportation hors de la Colonie ; les cuirs pour lesquels main-levée n’aura pas encore été donnée et qui ne seront pas encore réquisitionnés peuvent être librement transportés à l’intérieur de la Colonie ; ils peuvent faire l’objet d’une autorisation d’exportation hors de la Colonie selon les règlements présentement en vigueur, sous réserve du droit de réquisition qui peut s’exercer en tous lieu et en tout moment, en particulier dans les ports de transbordement. Il est d’ailleurs entendu que les cuirs réquisitionnés auront toujours la priorité sur tous les autres cuirs pour le transport soit sur le chemin de fer, soit sur les paquebots annexes, soit sur la grande ligne.
Quinto. – Le règlement au gré des fournisseurs pourra être effectué soit dans la Métropole, soit dans la Colonie.
Le Gouverneur Général compte sur le patriotisme de tous, si constamment manifesté dans la Colonie, et quels que soient les inconvénients qui peuvent en résulter pour certains, pour faciliter dans toute la mesure en leur pouvoir les opérations qui vont être effectuées et qui intéressent au premier chef la défense nationale. Il convient d’ailleurs d’observer que les conditions dans lesquelles sont faites les réquisitions assurent aux détenteurs de cuirs non seulement une rémunération équitable, mais même une part légitime de bénéfice.
Garbit.

Le Tamatave

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19 novembre 2016

Il y a 100 ans : Les cuirs, cette fois nous y voyons clair ! (1)

Télégramme officiel n° 82-T
Gouverneur Général à toutes Circonscriptions y compris les Comores.
PRIORITÉ. – Primo. – La mission de ravitaillement en cuirs a pour objet de rassembler et d’acquérir directement au nom du Ministère de la Guerre et pour le compte de l’État les cuirs nécessaires à l’armée.
Ces cuirs devenus propriété de l’État sont destinés à être tannés à façon pour le compte de l’État et manufacturés ensuite dans les mêmes conditions. Ils ne doivent cesser à aucun moment d’être et de rester la propriété de l’État.
Secundo. – Conformément aux ordres du Ministre de la Guerre, la totalité des stocks de cuirs propres à la défense nationale doivent être réquisitionnés dans toute l’étendue de la Colonie par la Mission de ravitaillement ainsi que cela d’ailleurs a lieu dans la Métropole où la réquisition générale des cuirs est maintenant en vigueur.
Tertio. – Cette réquisition d’accord avec la Mission d’inspection aura lieu dans les conditions prévues par l’arrêté local du 27 août 1909 et dans les formes ci-après : A) la réquisition sera effectuée par l’Intendance dans les localités où ce service est représenté ; B) par les Chefs de Province par délégation de l’autorité militaire dans les localités où le service de l’Intendance n’est pas représenté. Le règlement des indemnités sera fait soit à l’amiable, soit par la Commission prévue au titre V de l’arrêté – qui donne toujours facilités aux intéressés pour défendre et faire valoir leurs intérêts, sous réserve d’ailleurs du droit d’appel qui est conféré aux parties par l’article 52 de l’arrêté précité.
Dans les localités où cette commission ne pourra pas être constituée l’Administration déterminera, selon les instructions reçues du Chef de la Mission de ravitaillement, les lots et fractions de lots devant être réquisitionnés comme susceptibles d’être utilisés pour la défense nationale.
La fixation du prix dans ces localités, si elle n’est pas faite à l’amiable, sera effectué par la commission constituée soit à Tananarive, soit au port d’embarquement, soit au port de transbordement selon les cas.
(À suivre.)
Garbit.

Le Tamatave

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