24 mars 2017

Il y a 100 ans : Les pavés de l’ours (4)

(Suite.)
Et cependant, s’il est un Gouverneur qui ait su administrer sa colonie de façon à lui faire donner le maximum possible en faveur de la défense nationale, c’est bien M. Garbit, et c’est même là son titre le plus précieux à la reconnaissance et à l’estime de ses concitoyens et même à leur admiration.
La vie économique de la Colonie, qu’une mobilisation à outrance avait mise en sérieux péril, et en complet désarroi, non seulement a été maintenue, grâce à son active et intelligente initiative, mais encore s’est développée à une hauteur inconnue jusqu’à ce jour, au point de pouvoir fournir à la défense de la mère patrie certains articles que cette dernière auparavant était obligée de demander à l’étranger. Tels sont par exemple les graphites, les maniocs et leurs dérivés, les viandes frigorifiées ou en conserve, les tabacs, etc., etc.
Eh bien non ! rien de tout cela n’existe pour la Camarilla en question composée – qu’on ne l’oublie pas – des meilleurs amis de M. Garbit. En présence de cette odieuse campagne, si humiliante pour la Colonie, notre Gouverneur a cru devoir remettre les choses au point, dans un document de haute envolée qui est venu fournir une preuve de plus de ses éminentes qualités de Gouverneur. Mais que peuvent ses loyales et véridiques explications pour combattre des mensonges que des compétiteurs déloyaux sont intéressés à présenter comme paroles d’évangile ?
D’ailleurs il n’y a pas de fumée sans feu, disent-ils, et vous les voyez, radieux, franchissant de nouveau les entrées du Ministère, brandissant toujours ces fameux journaux rédigés par les amis personnels de M. Garbit, – dès lors on ne saurait douter de leur sincérité, – mettant en si pénible posture l’homme qui consacre tout son temps et son grand talent à faire plus que son devoir pour le développement de la Colonie en même temps que pour la défense de la patrie.
Et après un tel pavé, plus lourd encore que celui de l’ours, on s’étonnera que la titularisation de M. Garbit, ainsi que l’avancement de ses collaborateurs, soient restés sur le carreau ? Le contraire seul pourrait étonner.
Quels singuliers amis vous avez là, Monsieur le Gouverneur !…
 (À suivre.)

Le Tamatave

Deux volumes de compilation de la presse à propos de Madagascar il y a 100 ans sont maintenant disponibles. La matière y est copieuse et variée, vous en lisez régulièrement des extraits ici. Chaque tome (l'équivalent d'un livre papier de 800 pages et plus) est en vente, au prix de 6,99 euros, dans les librairies proposant un rayon de livres numériques. D'autres ouvrages numériques, concernant Madagascar ou non, sont publiés par la Bibliothèque malgache - 57 titres parus à ce jour.

22 mars 2017

Il y a 100 ans : Les pavés de l’ours (3)

(Suite.)
Quelque loyauté qu’ait apportée M. Garbit à fournir les explications les plus véridiques, il en est forcément resté une mauvaise impression, car la maxime de Basile est – et sera – éternellement vraie : « Mentez ! il en restera toujours quelque chose ! »
Naturellement, les collaborateurs de M. Garbit ont pris leur part de cette pénible impression.
Mais le plus… désopilant dans cette pitoyable histoire, c’est que les auteurs de cette néfaste campagne se proclament les amis les plus anciens et les plus sincères de notre Gouverneur Général, et que lui-même les traite comme tels. Que serait-ce donc s’ils n’étaient pas des amis aussi dévoués ?…
Mais M. Garbit et ses collaborateurs ne sont pas les seuls à en souffrir, la colonie entière en est la victime, comme nous l’expliquerons plus loin.
Voilà donc le pavé de l’ours, et quel pavé !!!…
Et d’un, car il y en a nombre d’autres… toute une série…
L’affaire des « Sakelika » épuisée, usée jusqu’à la corde, et ne produisant plus sur les lecteurs que des sursauts d’ennui, pour les émouvoir, il a fallu chercher autre chose, mais quoi trouver qui fût sensationnel ?
Heureusement que la Camarilla s’est vue providentiellement renforcée par deux héros, dont l’un venant du front, dans l’enfer duquel il avait juré ses grands dieux qu’on ne le reverrait plus, et de ce concours est née l’affaire des embusqués, qui pendant de longs mois a pu amuser ses auteurs, mais faisait hausser les épaules aux lecteurs. Des embusqués ? Suivant eux, la Colonie en était saturée ; il n’y avait même que de cela. Ces embusqués n’étaient que des misérables, et plus misérables encore étaient les personnages qui les protégeaient. L’accusation était explicite. Où et qui étaient ces embusqués ? C’est ce que la Camarilla n’a jamais pu dire ; mais le gouvernement de la colonie n’est pas si compliqué qu’on ait pu s’égarer sur leurs misérables protecteurs. En dernier lieu et surtout, ce misérable n’était autre que le Gouverneur Général lui-même.

 (À suivre.)
Le Tamatave

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20 mars 2017

Il y a 100 ans : Les pavés de l’ours (2)

(Suite.)
L’Administration a fait saisir les journaux donnant sur cette affaire, si peu importante en elle-même, les récits les plus fantaisistes, de nature à effrayer le public et à dénigrer Madagascar aux yeux de l’étranger. Mais les propriétaires des journaux, s’estimant plus malins, ont fait réimprimer clandestinement leur canard, qui cette fois devenait une vipère, et l’ont fait répandre tant en France qu’à l’étranger.
Suivant ce qu’ils affirmaient, – avec des réticences qui en laissaient deviner bien plus long, – il s’en fallait de l’épaisseur d’un cheveu que les Français, Gouverneur en tête, n’eussent été tous exterminés à Madagascar. De nombreuses barriques de poison violent (tanghin) étaient prêtes pour permettre aux cuisiniers et serviteurs indigènes d’empoisonner leurs patrons à la même heure ; grands dépôts d’armes sur divers points, complicité des soldats indigènes, appui du Japon qui devait accourir avec sa flotte, négligence ou ineptie de l’Administration supérieure qui n’avait rien su prévoir, que sais-je encore ; rien n’y manquait, sauf que tout cela n’existait que dans l’imagination dépravée desdits journalistes.
À lire ces balivernes, les colons de la première heure, connaissant bien la mentalité des Malgaches et sachant ce dont ils sont capables, ont accueilli ces racontars par un immense éclat de rire.
Mais ailleurs il en a été tout autrement. Cette campagne, qu’on ne sait comment qualifier, a produit la plus déplorable impression tant sur notre colonie que sur son administration supérieure.
M. Garbit, s’il n’a pas d’ennemis – bien que chacun ait les siens –, a du moins des compétiteurs qui sont anxieux de prendre sa succession, et qui ne reculent devant aucun moyen pour arriver à ce but. Les voyez-vous se précipitant au Ministère en brandissant d’une main les journaux de Madagascar, ces malheureux journaux qu’une administration se sentant coupable a voulu étrangler pour que la vérité ne fût pas connue.
 (À suivre.)

Le Tamatave

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19 mars 2017

Il y a 100 ans : Les pavés de l’ours (1)

On nous écrit :
Par respect pour cette union sacrée tant recommandée aux benêts assez naïfs pour y croire, j’avais hésité à vous transmettre les observations que les circonstances m’avaient suggérées depuis longtemps. Retarder davantage serait une… faiblesse de ma part, car la mesure est comble… Donc les voici.
Par les journaux apportés par l’avant-dernier courrier, vous avez pu apprendre comme moi qu’il y avait eu des nominations importantes de gouverneurs, malgré l’affirmation donnée par le Département au début de la guerre qu’aucune nomination n’aurait lieu avant la fin des hostilités. Non seulement des gouverneurs intérimaires ont été titularisés, mais encore de simples administrateurs ont été nommés gouverneurs.
Pour Madagascar, rien…
Et cependant, il y a beau temps que les corps constitués et la population toute entière, sans distinction d’opinions, avaient demandé avec insistance la titularisation du Gouverneur intérimaire actuel, en se basant sur sa valeur déjà éprouvée et les services déjà rendus par lui. Durant ce long intérimat, il n’a fait qu’affirmer davantage cette valeur et centupler les services rendus, et cependant sa titularisation est restée sur le carreau.
En dehors du Gouverneur Général, il y a autour de lui des hommes de grande valeur, qui en plus de leur mérite depuis longtemps mis à l’épreuve, ont droit à de l’avancement par rang d’ancienneté.
Et rien pour eux non plus.
Toute personne sensée se demandait le motif de cet oubli, si toutefois c’en est un.
C’est bien simple, mais il fallait le trouver. Les renseignements parvenus par le dernier courrier sont venus jeter un jour complet sur cette situation.
Certaine presse et certains fonctionnaires dont Madagascar est encore affligée sont les instruments de cet… oubli.
On se rappelle qu’il y a un an s’est déroulée l’affaire dite V. V. S., que certaine presse, sans se soucier le moins du monde ni de la vérité, ni de l’intérêt général, s’est complu à exagérer de la façon la plus impudente.
(À suivre.)

Le Tamatave

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12 mars 2017

Il y a 100 ans : Le drame de Moramanga

Depuis quelques jours le bruit courait qu’un crime atroce avait été commis dans la région de Moramanga. Mais nous n’en avons pas entretenu nos lecteurs jusqu’à plus ample informé, tant la chose nous paraissait incroyable, et aussi pour ne pas gêner l’action de la justice.
Un très honorable industriel de Tananarive exploite une mine de graphie aux environs de Moramanga, et il y avait comme employé un nommé Rigaud. Celui-ci, dont les facultés mentales sont complètement troublées, comme le prouvent les faits accomplis par lui, s’est imaginé qu’il allait être assassiné, et il n’a trouvé rien de mieux que d’attacher les auteurs présumés de ce crime imaginaire sur les tôles du four qui sert à sécher le graphite. C’est ainsi qu’il a fait rôtir les trois supposés criminels.
Des complices seraient arrêtés ; nous attendons que la justice ait établi leur culpabilité ou leur innocence pour nous occuper d’eux.
Le crime ci-dessus ne peut qu’être l’œuvre d’un dément.
En d’autres circonstances, Rigaud avait déjà donné des preuves qu’il était déséquilibré. Il y a quelques années, sur la côte ouest, sa femme étant morte, il se refusait à croire à un tel malheur. Toutefois, pour se convaincre qu’elle avait bien cessé de vivre, il n’imagina rien de mieux que de lui sectionner le poignet droit, ce qu’il fit. La défunte n’ayant donné aucun signe de vie, c’est alors seulement qu’il se crut assuré de sa mort.
L. B.

Vol

Le dossier de l’enquête de flagrant délit de vol d’un lamba, commis au préjudice de la nommée Madana de Tanambao contre le nommé Botoarivo, a été transmis à M. le Président du Tribunal de 1er degré, chambre supplémentaire, et l’inculpé mis à sa disposition.
Ce même indigène a été trouvé porteur d’un autre lamba et d’une montre en nickel qu’il a reconnu avoir dérobés et dont les propriétaires sont restés inconnus.
Ces lambas et cette montre ont été déposés au greffe pour servir de pièces à conviction.

Le Tamatave

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10 mars 2017

Il y a 100 ans : Les thermes d’Antsirabe

Ce que disait Le Mauricien :
« Nous avons eu l’occasion de voir le plan du projet d’hôtel des eaux à Antsirabe. Ce plan est magnifique et l’hôtel sera grandiose. Il sera construit par une société par actions et coûtera au bas mot 500 000 francs. Il a déjà été offert de souscrire la totalité des actions à Tananarive, mais nous croyons savoir que le Gouverneur de Madagascar désire réserver un certain nombre de ces actions aux Mauriciens qui voudraient prendre un intérêt dans l’hôtel. Ce n’est que dans le cas où les Mauriciens ne voudraient pas souscrire pour des actions que celles-ci seront laissées à la disposition des souscripteurs de Madagascar. »
Par l’avis d’adjudication publié d’autre part, nos lecteurs peuvent voir que les travaux en seront entrepris incessamment.
L’exécution de ce projet représente pour notre jeune colonie un progrès considérable, et en plus, une source précieuse de revenus, sans qu’elle ait eu à engager ses propres capitaux dans cette entreprise.
Cet heureux résultat est dû à l’intelligente initiative de nos derniers gouverneurs généraux : de M. Picquié qui en a conçu l’idée, et de M. Garbit qui a su donner un corps à cette idée et la réaliser avec la haute maîtrise qu’il apporte en toute chose.
Et quelle bonne fortune pour les habitants de Madagascar, colons et fonctionnaires ! Avoir sous la main des eaux thermales dont la puissance radio-active dépasse les plus célèbres de l’Europe entière !… N’est-ce pas souligner une fois de plus les richesses immenses que possède notre jeune colonie, richesses dont beaucoup sont encore à l’état latent ?

Adjudication publique

Le jeudi 2 novembre 1916, à 9 heures, il sera procédé à Tananarive, dans une des salles de la Mairie, dans les formes réglementaires, à l’adjudication, sur soumissions cachetées, des Travaux de construction du Grand Hôtel des Eaux, à Antsirabe.
1er lot : Terrassements, maçonneries, etc.
Montant approximatif : 144 600 f.
Cautionnement provisoire : 2 410 f. ; définitif : 4 820 f.
2e lot : Charpente, menuiserie, etc.
Montant approximatif : 135 350 f.
Cautionnement provisoire : 2 255 f. ; définitif : 4 510 f.
3e lot : Peinture et vitrerie.
Montant approximatif : 27 750 f.
Cautionnement provisoire : 462 f. ; définitif : 924 f.

Le Tamatave

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5 mars 2017

Il y a 100 ans : Simple question à M. le Gouverneur Général

Obligation étant faire par arrêté ministériel de prendre comme monnaie légale les billets de la Banque de France ou tous autres papiers à cours forcé, que nous acceptons, nous autres Français, sans discuter, comment l’État entend-il en faire le remboursement, lorsqu’en cas de force majeure les dits billets ou papiers détériorés par l’eau, le feu ou l’usure commerciale, prétexte est donné à leur présentation au Trésor ou dans toute autre caisse publique, pour les refuser, que les dits billets ne sont plus en état d’acceptation.
Le Gouvernement, lui, qui nous oblige de les accepter ne doit-il pas, pour ne pas jeter le discrédit sur cette monnaie, la reprendre sans faire aucune objection puisque aucun profit de pouvant être fait au détriment de la masse ?
Il nous revient que des billets simplement déchirés et collés sont difficilement acceptés par les caisses publiques.
A. T.

Le Palais de la Fièvre

Les niaoulis si soigneusement plantés dans les ex-marais de Tamatave, pompeusement dénommés aujourd’hui plaines, refusent de croître dans un terrain aussi fangeux, aussi va-t-on le labourer de fond en comble et le transformer en rizières. Au centre on doit y édifier le Palais de la Fièvre.
La Dépêche malgache

Académie des Sciences

M. Edmond Perrier, directeur du Muséum, insiste sur un ingénieux et fort simple procédé employé par le docteur Legendre pour débarrasser des myriades de moustiques qui les infestent les rizières de Madagascar : ce médecin colonial a eu l’idée d’ensemencer ces rizières de cyprins, poissons très prolifiques et extrêmement friands de moustiques et de larves de moustiques ; il avait lancé 500 cyprins, et au bout de cinq mois seulement, il y en avait 10 000 dans les rizières malgaches, où, d’ailleurs, tous les moustiques avaient été détruits. Voilà un régime qui conviendrait à merveille aux pièces d’eau de nos parcs et jardins.
Le Figaro

Tribunal correctionnel

Dans son audience du 6 courant, le Tribunal correctionnel de Tamatave a condamné le sieur C., matelot à bord du voilier Mannie Swan, à 100 francs d’amende pour rébellion et coups à un agent de la force publique en service.

Le Tamatave

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1 mars 2017

Il y a 100 ans : Carnet d’un boto de pousse-pousse

On a souvent plaisanté l’esprit méticuleux des contrôles administratifs, chicanant pour des centimes dans des affaires où intervenaient des millions, parfois dépensés sans aucun souci de l’économie.
Le modèle du contrôleur, nous dit le Courrier Saïgonnais, demeurera un joyeux personnage envoyé dans une de nos grandes colonies peu de temps avant la guerre. On ne compte plus les initiatives extraordinaires de cet officiel. Sa dernière vaut d’être retenue… pour la postérité, allions-nous dire.
Cet envoyé du paradis administratif s’imagina donc un jour de réglementer – je vous le donne en cent, en mille, mais comme vous ne devinerez pas, je vais vous le dire tout de suite – de réglementer les rouleaux hygiéniques préposés à la confession des petites nécessités humaines. Et il décida que l’importance de ces rouleaux serait dorénavant en harmonie avec le rang du bénéficiaire.
Deux cents feuilles, par exemple, pour le grand chef, cinquante seulement pour le modeste expéditionnaire. Ce dernier n’aurait droit qu’à une seule feuille, quand son supérieur pourrait en utiliser quatre. Je vous assure que je n’invente rien. J’ignore si l’original promoteur de cette originale réglementation compte dans sa vie un stage comme attaché de cabinet, mais sûrement il avait la vocation.
Ce précieux contrôleur prévoyant prévoyait certainement la hausse considérable et prochaine du papier… même hygiénique. Je demande qu’on le décore du mérite académique.
Intérim.
La Dépêche malgache

Avis

Par suite de la réparation du pont de Ranomainty, MM. les Voyageurs se rendant à Brickaville à Andevoranto ou Mahatsara en pousse-pousse ou voiture légère sont priés d’emprunter la route de la rive gauche jusqu’au bac d’Ambodirafia.
Le passage sur la rive droite reste assuré pour les filanjanes.

Procès-verbal

Pour rébellion à l’aide de violences envers des agents de la force publique, dans l’exercice de leurs fonctions, a été dressé au sieur James Cooper, matelot à bord du voilier Mannie Ewan et transmis à M. l’Administrateur de l’Inscription maritime à Tamatave.

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26 février 2017

Il y a 100 ans : Voyage de M. le Gouverneur Général

M. le Gouverneur Général Garbit est arrivé hier matin, vendredi 6 courant, à 10 h. 50, en gare de Tamatave. Comme toujours une foule nombreuse et sympathique est allée le saluer à son arrivée. Il était accompagné de MM. le général Gautheron, Commandant Supérieur des Troupes, et de son officier d’ordonnance Grandjean, chef du secrétariat particulier, Duvigneau, médecin inspecteur, chef du service de santé, et du Directeur des Travaux Publics.
De deux à cinq heures, M. Garbit a donné audience aux personnes ayant des questions urgentes à lui soumettre, et le soir, avec tous ceux qui l’accompagnaient, il a pris passage sur le Sidon qui doit les transporter directement à Diégo-Suarez sans faire aucune escale. Ce sont des questions importantes à résoudre qui motivent ce voyage. La présence du chef du service de santé et du général n’indiquerait-elle pas que l’état sanitaire des troupes et des immeubles où elles sont logées ne serait pas étranger à ce voyage ?…

En l’honneur des victoires de la Somme

Conformément aux instructions de M. le Gouverneur Général, les principaux monuments de notre ville ont été pavoisés hier et aujourd’hui, à l’occasion des beaux succès militaires remportés sur la Somme, par nos armées et celles de nos alliés les Anglais, et en l’honneur de ces glorieux soldats.
De même, la population a été invitée à participer à cette manifestation patriotique.

Tribunal correctionnel

Dans son audience de mardi, le Tribunal de Tamatave a condamné le sieur X. à 25 fr. d’amende pour voies de fait. La femme Razafy à 8 jours de prison par défaut pour le même motif.
Dans son audience de ce même jour, le Tribunal indigène du 1er degré, chambre supplémentaire, a condamné le nommé R. à cinq jours de prison et 25 fr. d’amende pour le motif suivant :
« A colporté et donné en paiement à une femme de mœurs légères le fac-similé du billet de 5 francs dont le recto et le verso avaient été collés dos à dos, donnant ainsi à cet imprimé une certaine ressemblance avec le billet de 5 francs émis par la Banque de France. »
Le fraudeur s’en est tiré à bon compte.

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17 février 2017

Il y a 100 ans : À propos de la mission Fillon qui vient inspecter Madagascar

On nous écrit :
L’arrivée de cette mission a été annoncée à grand bruit. Comme dans Molière, des missions on en a mis partout, jusque dans les cuirs ! C’est sans doute la façon élégante de pratiquer les économies tant recommandées par nos gouvernants. De mauvaises langues prétendent que ces missions sentent l’embusqué d’une lieue.
Le véritable but de cette mission serait-il de chercher des poils sur les œufs à notre gouverneur général, ou simplement de donner aux amis des emplois grassement rétribués avant que… avant que les événements n’aient renvoyé à la vie privée ceux qui les ont nommés, comme d’ailleurs c’est l’habitude de tous les ministères qui croient sentir leur fin prochaine.
Voici d’ailleurs des renseignements dont nous fait part un ami, et qui peuvent avoir quelque relation avec ce qui est dit ci-dessus.
Tout le monde sait qu’un certain groupe de députés, tout comme certains sénateurs, ont tenté de renverser le gouvernement, ou tout au moins, en faisant beaucoup de bruit, d’accrocher un ministère. Mais ils n’ont réussi ni dans l’une ni dans l’autre de ces honorables entreprises.
L’un d’eux, mais non des moins braillards, et qui cherche de quoi satisfaire son immense appétit, s’est pris tout d’un coup d’un intérêt des plus vifs pour notre belle colonie.
Jusqu’à l’heure présente, nos colonies quelles qu’elles fussent n’étaient pour lui qu’une grosse erreur économique et il ne prenait aucune part aux questions les intéressant.
Mais voilà que subitement comme Clovis il se met à adorer ce qu’il avait brûlé, et parcourant fiévreusement les couloirs de la Chambre et du Sénat il sollicite avec intérêt de quiconque peut lui en donner des renseignements précis sur Madagascar. Quel est son climat ? Les Européens s’en accommodent-ils ? Peut-on y circuler en auto ? Quelles sont ses ressources ? etc., etc.
Cette soudaine conversion ne vous paraît-elle pas… louche, même suspecte, et n’aurait-elle pas quelque rapport avec la mission Fillon ? C’est du moins ce qu’il a paru à l’ami qui nous en avise.
Mais Madagascar, sous la main intelligente et énergique qui la conduit, se développe actuellement de telle façon qu’on hésitera à lui infliger un temps d’arrêt ou de recul en lui donnant un dirigeant de cet acabit.

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14 février 2017

Il y a 100 ans : Les colonies de l’Indochine, l’A. O. F. et Madagascar vont être inspectées

De la Presse Coloniale :
Nous apprenons que deux nouvelles grandes missions d’inspection vont partir prochainement en Afrique Occidentale et à Madagascar. À Madagascar, le chef de la mission sera M. Fillon. Il a été chargé par le ministre de faire un rapport sur les conditions dans lesquelles s’est créé, organisé, le complot dont nous avons rendu compte il y a quelques semaines – les Sakelika.
En Afrique Occidentale, le chef de la mission qui est M. Picanon, inspecteur général, procédera également à une étude des événements qui se sont déroulés au Haut-Sénégal et Niger, événements très graves et qui ont nécessité l’envoi de forts contingents de troupes dans la région de San. Cette région n’est d’ailleurs pas complètement pacifiée. Le contact est maintenu entre nos troupes et les rebelles, et toute action énergique et décisive est remise après les hostilités.
Dans notre précédent numéro, nous avons annoncé qu’une mission se rendrait en Indochine. C’est M. Phérivong qui en sera le chef.

Service des douanes, bureau de Tamatave

Relevé des produits du cru exportés :
1° par Eugène Grossos du 28 septembre 1916 : graphite, 736 946 kg. ; corindons, 132 018 ; béryl, 1 763 ; rafia, 114 888 ; crin végétal, 7 943 ; riz, 727 121 ; haricots, 44 323 ; manioc brut, 229 066 ; farine manioc, 406 838 ; tapioca, 86 530 ; peaux, 12 376 ; saindoux, 112 472 ; charcuterie, 2 486 ; suif, 24 116 ; boyaux salés, 2 829 ; café en fèves, 14 362 ; cacao, 3 532 ; rabanes, 702 ; vétiver, 580 ; fécule manioc, 335 647 ; total, 2 996 488 kg.
2° par Louqsor du 28 septembre 1916 : graphite, 124 189 kg. ; corindons, 66 149 ; cristal de roche, 838 ; conserves de viandes, 61 480 ; peaux, 80 016 ; suif, 65 408 ; cire, 3 055 ; riz, 507 224 ; farine manioc, 193 488 ; haricots, 18 415 ; café, 2 907 ; rafia, 38 450 ; crin végétal, 515 ; piassava, 5 150 ; kola, 456 ; caoutchouc, 614 ; graines à ensemencer, 4 ; total, 1 158 358 kg.
Tamatave, le 5 octobre 1915.
Le receveur,
Coustures

Le Tamatave

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12 février 2017

Il y a 100 ans : Terrible accident de motocyclette

Lundi dernier, 25 courant, dans la matinée, des indigènes passant avec une charrette sur la route de Tamatave au Jardin d’Essai, et arrivés au-delà du pont au niveau de la propriété Vaudagne, ont trouvé le corps d’un homme étendu tout de son long en travers de la route. À quelques pas, sur le bord du chemin, gisait aussi une motocyclette. L’homme était sans connaissance et avait perdu beaucoup de sang par une blessure à la tête sur le côté du front. Les indigènes l’ont hissé sur leur charrette et porté à l’hôpital.
Le blessé n’était autre que M. Tissié, le très sympathique vétérinaire militaire en service à Tamatave, que tout le monde entoure ici d’une profonde estime.
Comment ce terrible accident s’est-il produit ? Nous le saurons quand le blessé pourra parler, car il était seul quand il a eu lieu. Son état s’est beaucoup amélioré, ce dont nous nous réjouissons avec ses nombreux amis qui tout d’abord avaient éprouvé de vives inquiétudes à son sujet.

Faux bruit

Dimanche dernier, cinq pêcheurs montés sur une barque à voile et se dirigeant vers la haute mer ont été perdus de vue à quelque distance de la côte, et le soir n’ont pas reparu. Nul doute, ils avaient chaviré, et tous étaient noyés.
Voici que deux jours après, on fait connaître qu’entraînés par les vents et les courants, ils avaient dû suivre jusqu’à Fénérive où ils avaient enfin pu débarquer sains et saufs.
Nous partageons la joie de leurs familles qui pendant deux jours avaient vécu dans les transes les plus cruelles.

Encore les tavy

Dans son numéro de dimanche dernier, 24 courant, un journal local signale qu’envers et contre toutes les instructions possibles, les indigènes de la province de Moramanga ont été autorisés, par leur administrateur en chef, à faire des tavy.
Nous n’avons pas encore eu l’occasion de nous assurer si le fait est exact. Toutefois, suivant un colon qui habite cette région, étant donnée la mentalité du… phénomène qui administre cette province, la chose est fort possible.
Mais l’administration supérieure a toutes facilités pour vérifier l’exactitude des faits dénoncés. S’ils sont exacts, nous ne doutons pas qu’ils ne soient châtiés avec toute la sévérité qu’ils méritent.
Il serait temps d’en finir avec ces usages funestes.

Le Tamatave

Deux volumes de compilation de la presse à propos de Madagascar il y a 100 ans sont maintenant disponibles. La matière y est copieuse et variée, vous en lisez régulièrement des extraits ici. Chaque tome (l'équivalent d'un livre papier de 800 pages et plus) est en vente, au prix de 6,99 euros, dans les librairies proposant un rayon de livres numériques. D'autres ouvrages numériques, concernant Madagascar ou non, sont publiés par la Bibliothèque malgache - 57 titres parus à ce jour.

8 février 2017

Il y a 100 ans : Produit malgache de la «Kultur» française (2)

(Suite et fin.)
Quand donc notre inepte manière d’éduquer les Malgaches se résoudra-t-elle à faire d’eux des hommes utiles et non des déclassés ?
Sans morale et sans connaissances utiles, sachant toutefois suffisamment lire pour se gaver l’intelligence de romans à 4 sous, ces malheureux dévoyés constituent pour la société un très grave danger.
En France, le poète a pu dire que quand une école s’ouvre, c’est une prison qui se ferme. Ici, c’est tout le contraire qui est la vérité. Quand nous voyons s’ouvrir tant d’écoles sans instruction professionnelle, et de plus sans morale et sans Dieu, nous constatons avec une profonde tristesse que ce n’est pas seulement une prison qui s’ouvre, mais le bagne lui-même.
Il serait grand temps d’y remédier.

Tribunal correctionnel

Dans son audience de flagrant délit du 27 septembre courant, le Tribunal correctionnel de Tamatave a condamné le nommé Lemariaka, dit « Raboko », à six mois de prison pour vol de cinq bouteilles d’acide sulfurique.
Le malheureux croyait avoir fait une provision d’absinthe !!
Le Tamatave

Les graphites de Madagascar

La question des graphites de Madagascar vient d’être résolue à la satisfaction des intéressés.
Nos lecteurs se rappellent que ces graphites restaient frappés d’interdiction pour leur importation en Amérique, alors que les graphites de Ceylan y étaient couramment expédiés et revendus à des prix très avantageux.
M. Henry Bérenger, sénateur de la Guadeloupe et président de la Commission consultative coloniale au ministère des Colonies, avait été, on sait, saisi de la question et était immédiatement intervenu auprès des pouvoirs publics.
Le ministre des Colonies vient de lui faire connaître par lettre que la question a été résolue à la satisfaction de tous, grâce à une entente intervenue entre les producteurs, les industriels français fabricants de creusets et le sous-secrétariat des munitions.
La solution adoptée concilie aussi bien les intérêts de la défense nationale que ceux de la colonie et de l’industrie métropolitaine.

Les Annales coloniales

Deux volumes de compilation de la presse à propos de Madagascar il y a 100 ans sont maintenant disponibles. La matière y est copieuse et variée, vous en lisez régulièrement des extraits ici. Chaque tome (l'équivalent d'un livre papier de 800 pages et plus) est en vente, au prix de 6,99 euros, dans les librairies proposant un rayon de livres numériques. D'autres ouvrages numériques, concernant Madagascar ou non, sont publiés par la Bibliothèque malgache - 57 titres parus à ce jour.

6 février 2017

Il y a 100 ans : Produit malgache de la «Kultur» française (1)

Beau garçon, 27 ans environ, vêtu avec soin, parlant et écrivant correctement le français, né il ne sait plus où, tel est notre Malgache qui dit s’appeler Rabazanany, et avoir reçu au baptême le prénom d’Alphonse (mais sans casquette à trois ponts).
Une première fois à Majunga, le 12 septembre 1911 – car il est lettré, – ledit Alphonse déclare avoir été condamné, pour vol, à un an de prison, sous le nom de Rainizanary : mais pris d’un accès de spleen, il s’est évadé le 23 mai suivant.
Cette même année 1912, exploitant la culture française qu’il avait reçue, il se dit créole, portant le nom de Aoudy Léon, et se fait condamner à Tananarive à six mois de prison pour vagabondage. Il s’évade encore trois mois après.
Les grandes villes ne lui réussissant pas, il se rend dans le centre plus modeste de Maevatanana où, en 1913, il écope, pour vol, de deux ans de prison sous le nom précédent de Rainizanary et est envoyé à Nossy Lava.
On devine que son profond amour pour le grand air, l’espace, la liberté, le font s’évader de nouveau, pour venir s’échouer à Aniverano où, le 18 août dernier, il ne lui échoit que dix-huit mois de prison, mais cette fois sous le nom vierge qu’il prétend être le sien, de Rabazanany Alphonse.
Sa mauvaise étoile l’a conduit ainsi à la maison d’arrêt de Tamatave, où par malheur notre excellent Malgache s’est trouvé d’abord nez à nez avec le zélé et intelligent inspecteur indigène qu’est Razafy Jean-Baptiste, par qui il a été reconnu, et ensuite avec le fin limier de police qu’est le gardien chef de la maison d’arrêt, l’inspecteur Bringard par qui il a été indentifié, grâce au service anthropométrique qu’il applique avec le plus grand soin d’ailleurs, comme nos lecteurs le savent, et lui a habilement soutiré ces aveux. M. l’inspecteur Bringard est coutumier de ces arrestations importantes et de ces identifications anthropométriques.
Mais rassurez-vous, cher lecteur. Dans quelques mois, notre Alphonse se présentera chez vous comme cuisinier, planton ou homme de confiance.
(À suivre.)

Le Tamatave

Deux volumes de compilation de la presse à propos de Madagascar il y a 100 ans sont maintenant disponibles. La matière y est copieuse et variée, vous en lisez régulièrement des extraits ici. Chaque tome (l'équivalent d'un livre papier de 800 pages et plus) est en vente, au prix de 6,99 euros, dans les librairies proposant un rayon de livres numériques. D'autres ouvrages numériques, concernant Madagascar ou non, sont publiés par la Bibliothèque malgache - 57 titres parus à ce jour.

5 février 2017

Il y a 100 ans : Carnet d’un boto de pousse-pousse

Dans Mademoiselle Fifi, ce chef-d’œuvre, Guy de Maupassant nous a montré des officiers prussiens faisant venir de la ville voisine, dans le château qu’ils occupent et détériorent lentement, des filles pour se distraire, et l’un de ces officiers finalement poignardé par une de ces filles indignées.
Maupassant, qui avait vu les boches de 1870 à l’œuvre chez nous en avait gardé l’exécration et son conte célèbre est une marque au fer rouge marquée au front de l’armée allemande.
Depuis 1870, les boches ont fait des progrès. Crever les tableaux de famille à coup de revolver dans les châteaux occupés, faire s’asseoir des hétaïres à la table des châtelains, porter devant les femmes qui, pour être des catins, n’en sont pas moins des Françaises, des toasts à la gloire de l’Allemagne, qu’est-ce que cela à côté de ce qui vient de se passer à Lille.
Écoutez :
« Il y avait, à Fives, une de ces maisons qu’il est convenu d’appeler hospitalières. Toutes les pensionnaires, expulsées en pleine nuit, formaient un groupe où la tristesse ne dominait pas. Vous pensez si l’inconscience de ces femmes leur faisait accepter avec philosophie ce nouvel avatar ! Le colonel chargé de diriger la réquisition eut une idée vraiment drôle : il se fit désigner cinq jeunes filles appartenant aux meilleures familles de Lille et les confia à ces malheureuses. Et, de compagnie, les jeunes filles et les… autres défileront, musique en tête, dans les rues de la ville, sous les quolibets des soudards qui reconnaissaient au passage les femmes de mauvaise vie et le leur montraient à leur manière. »
Voyez-vous d’ici la face congestionnée du colonel boche s’épanouissant à l’idée de faire une « ponne blague », une blague à l’allemande ! Vraiment il y a quelque chose qui révolte et qui déconcerte et l’âme boche est un abîme vertigineux de laideur et d’abjection.
De quelles représailles, de quel châtiment ferons-nous payer tant de sadiques abominations ?
Hélas ! l’âme française se refuse aux réciprocités. « Surtout, a dit une femme de Lille, surtout que nos soldats ne nous vengent pas par de tels actes ; ce serait souiller notre beau nom de Français. »
Non certes nous ne nous vengerons pas « comme ça ». Mais quel horrible fardeau que l’honneur.
Intérim.

La Dépêche malgache

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20 janvier 2017

Il y a 100 ans : Le savon à l’huile de caïman

Ce n’est pas du crocodile qu’on pourrait dire, comme d’un certain animal vêtu de soies : Tout en est bon depuis les pieds jusqu’à la tête ! Cependant, sans parler de son rôle religieux dans l’antique Égypte, ni de ses larmes dont il est fait une assez grande consommation, sa peau nous donne des portefeuilles, et voici que le Journal officiel de Madagascar et dépendances nous révèle une autre utilité du saurien au rictus féroce.
Un chimiste vient de présenter au gouverneur général de la colonie un savon de sa composition, à base d’huile de crocodile, et le Journal officiel décrit la composition et la fabrication de ce produit qui paraît appelé à un vif succès ; mélangé avec du graphite amorphe, abondant à Madagascar, mais que sa faible valeur commerciale empêche d’exporter, le nouveau savon donne un lubrifiant de très bonne qualité qui pourrait être utilisé pour le graissage des wagonnets de l’administration et des particuliers.
Il sera plus difficile de l’introduire dans les cabinets de toilette des élégantes de Madagascar, car, il faut bien l’avouer, l’huile de caïman a une forte odeur sui generis. Mais le cas est prévu ; le parfum trop accentué pourrait être masqué par l’addition, soit de phénol, soit de feuilles d’eucalyptus finement broyées.
« À blanchir la tête d’un nègre, on perd son savon », dit le proverbe ; mais qui sait ? le savon à l’huile de caïman le fera peut-être mentir.
Journal des Débats politiques et littéraires

Carnet rose

Nous sommes heureux de faire connaître à nos lecteurs que Madame Maury, femme du sympathique directeur de la voirie de Tamatave, vient de mettre heureusement au monde un superbe garçon qui a reçu le nom de Jean.
Par les temps douloureux que nous traversons, c’est avec satisfaction que la France doit enregistrer la naissance de ses futurs défenseurs. Pour notre compte nous adressons au nouveau-né nos meilleurs souhaits de bonheur, et prions ses heureux parents d’agréer nos plus vives et cordiales félicitations.

Le Tamatave

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19 janvier 2017

Il y a 100 ans : Encore la question des graphites (2)

(Suite et fin)
Tandis que nos graphites ont plus de facilités, par la voie anglaise, d’être expédiés aux États-Unis, pays relativement neutre, mais nullement allié, où ils peuvent servir indistinctement à la fabrication des munitions destinées aux alliés aussi bien qu’à leurs ennemis.
La prohibition d’exporter nos graphites ailleurs qu’à Marseille porte bien pour prétexte de réserver à la France et à ses alliés les stocks qui leur sont nécessaires. Mais ce n’est là que… une formule d’autant plus odieuse que, sous le couvert de patriotisme, elle n’a réellement d’autre but que de favoriser un monopole, un courtage éhonté, car il nous est impossible, encore une fois, d’expédier directement nos produits soit en Russie, soit au Japon.
Cependant, étant donnée l’importance de sa production, en fait de munitions, ce dernier pays serait pour nous un excellent client.
Quant à la Russie elle-même, son marché ne serait point à dédaigner. Un de nos amis a reçu, de Moscou même, une demande de 500 tonnes de graphite par mois. Mais comment les expédier ? Pour envoyer seulement un échantillon de ce minerai, il lui a fallu, comme l’on dit, la croix et la bannière. Un envoi régulier et important devient par suite impossible.
Il nous paraît donc de toute logique et de toute équité que la demande d’exportation vise, d’abord et avant tout, les pays alliés. Là du moins nous serons sûrs que nos produits ne serviront pas à nos ennemis et, tant au Japon qu’en Russie, ils s’ouvriront un marché sur lequel, grâce à leur prix de vente, ils concurrenceront très avantageusement les graphites de Ceylan ou d’ailleurs.
Qu’on y avise donc, et le plus vite possible.

Réhabilitation

Une lettre venue du front nous fait connaître que P…, l’ex-employé des Douanes que nous avons tous connu, se trouve actuellement sur le front. Après avoir purgé sa peine jusqu’au dernier jour, P…, au début de la guerre, s’est engagé dans un bataillon d’Afrique, et aujourd’hui, au front, dans les toutes premières lignes, avec le grade d’adjudant, il cherche une occasion, qui ne saurait lui manquer, de se distinguer par une action d’éclat, et de conquérir ainsi ses droits à une brillante réhabilitation.
Nous ne saurions qu’applaudir à sa noble aspiration, et lui souhaiter les meilleures chances.

Le Tamatave

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